- Vers une probable extension du pin maritime -

Encore marginal il y a deux siècles, le Pin maritime couvre aujourd’hui plus de 60 000 ha en Poitou-Charentes, soit 16 % de la surface boisée. Dans le contexte du réchauffement climatique, son aire devrait encore s’étendre.

Au début du XIXème siècle, il a été utilisé pour fixer les dunes côtières. En effet, c’était la seule essence forestière assez frugale pour s’accommoder de la pauvreté minérale des sols sableux ou des embruns salés. Puis il a été introduit dans la Double Charentaise afin d’assainir les « mouillères » et autres « nauves » insalubres, sources de fièvres paludéennes. Ce sont donc des raisons de sécurité et de santé publique qui ont motivé son implantation. Sa production abondante et annuelle de graines lui a ensuite permis de coloniser facilement les milieux délaissés.

La récolte de résine, appelée gemmage, a rapidement donné naissance à une industrie florissante jusqu’à la fin des années soixante. Des distilleries de résine pour extraire l’essence de térébenthine se sont développées à La Tremblade dès 1859, ou à Clérac en Charente-Maritime. Cette dernière traitait en moyenne 1500 tonnes de gemme par an.

La transformation du bois, d’abord sous-produit de la résine, s’est développée grâce à la multiplicité des usages : piquets pour le vignoble, pieux à moules, étais de mine, traverses de chemin de fer… Après la guerre se développe la fabrication des parquets, lambris, pâtes à papier, panneaux et contreplaqués, sans oublier la construction de palettes de manutention.

Dans le même temps, la déprise agricole, l’arrachage des vignes, l’absence de repreneurs exploitants agricoles sur des terrains aux qualités agronomiques médiocres ont accéléré son extension. Habitués à voir le « pinier » coloniser les terrains ingrats, les propriétaires ont développé le Pin maritime ces espaces agricoles délaissés. Ces années correspondent également à l’âge d’or du Fonds Forestier National, dispositif qui a permis à des milliers de propriétaires de boiser ces terrains dans de bonnes conditions technico-économiques.

Aujourd’hui, le Pin maritime est reconnu comme faisant partie intégrante du patrimoine forestier régional. Il n’empêche que les populations étant plus sensibles aux considérations paysagères et environnementales, son extension est désormais mieux contrôlée. Ainsi, il est conseillé de l’implanter à plus de 50 mètres des habitations et d’éviter de fermer les clairières. Les zones feuillues ou les milieux humides sont préservés lors des plantations. Ses exigences écologiques sont mieux prises en compte et il est réservé aux stations qui lui conviennent le mieux : terrains plutôt sableux, acides et pauvres, voire mouilleux, avec une pluviométrie d’au moins 600 mm par an.

Mais le réchauffement climatique va lui aussi modifier la donne. Ainsi, l’aire potentielle du Pin maritime, qui couvre aujourd’hui 17 % de la France, devrait couvrir près de la moitié du territoire national en 2100. Dans le même temps, la zone favorable aux essences de type méditerranéen doublerait pour atteindre 20 % du territoire national, jusque dans les zones les moins arrosées du Poitou. Et cela au détriment des grands chênes, du douglas, du charme, ou du châtaignier …

Le Pin maritime a donc, semble t’il, un bon avenir devant lui. Reste à accompagner cette évolution, du point de vue environnemental certes, mais également économique, en lui appliquant une sylviculture dynamique, adaptée pour produire les bois demandés par l’industrie.

Trois idées reçues sur le Pin maritime

Le Pin maritime fait l’objet de critiques. Le vent l’arrache, les chenilles l’attaquent, il est sensible au feu. L’ouragan Martin de décembre 1999 a en effet couché ou cassé des peuplements, mais tout comme ont été sinistrés les taillis de châtaignier ou même plus ponctuellement les futaies de chêne. D’autres chenilles, souvent plus urticantes que la processionnaire du pin, attaquent aussi de façon massive les peuplements de chênes. Enfin, la sensibilité aux incendies des futaies de Pin maritime est surtout liée à la végétation combustible abondante qui se développe sous leur couvert léger. Un débroussaillement préventif réduit considérablement les risques.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Michel Clupeau
CRPF
2ème trimestre 2012 78 Technique