Revalorisation de la retraite complémentaire Agirc-Arrco : ce qui change

par ccbb
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Je constate que la décision du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco du 17 octobre 2025 marque un tournant historique pour les pensions complémentaires. L’absence de revalorisation au 1er novembre 2025 affecte directement 14 millions de retraités du secteur privé, qui perçoivent des allocations annuelles totalisant près de 100 milliards d’euros. Cette situation inédite résulte d’un désaccord profond entre les organisations patronales et syndicales. Je vous propose d’analyser les mécanismes qui ont conduit à ce gel, la solidité financière du régime, les positions divergentes des partenaires sociaux, et les conséquences pour le pouvoir d’achat des bénéficiaires.

en bref

Le gel des pensions complémentaires Agirc-Arrco affecte 14 millions de retraités depuis novembre 2025.

  • La valeur du point reste fixée à 1,4386 euros jusqu’en octobre 2026, marquant une évolution nulle pour la première fois depuis des années
  • Un blocage entre patronat et syndicats explique cette décision : les organisations patronales proposaient 0,2% de hausse, tandis que les syndicats réclamaient entre 0,6% et 1%
  • Les réserves financières atteignent 86,5 milliards d’euros, représentant 10,5 mois de prestations, bien au-delà du seuil de sécurité obligatoire
  • Cette absence de revalorisation pénalise directement le pouvoir d’achat : un retraité percevant 2 300 euros perd 6,9 euros mensuels de hausse potentielle
  • Des recours juridiques sont envisagés par plusieurs organisations syndicales pour contester la validité légale de ce gel historique

Le gel historique des pensions complémentaires en novembre 2025

La décision du 17 octobre 2025

Le conseil d’administration s’est réuni le 17 octobre 2025 dans un contexte tendu. Les représentants des organisations patronales et syndicales n’ont pas trouvé de terrain d’entente sur le niveau de revalorisation à appliquer. Cette absence de consensus a directement provoqué le gel des allocations pour l’ensemble des bénéficiaires du régime complémentaire.

J’observe que cette décision revêt une dimension exceptionnelle, compte tenu des enjeux financiers. Les allocations versées annuellement représentent un montant colossal de près de 100 milliards d’euros. Chaque mois, des millions d’ex-salariés du privé attendent ce versement qui complète leur retraite de base issue de la Sécurité sociale.

Maintien de la valeur du point

La valeur de service du point Agirc-Arrco demeure fixée à 1,4386 euros du 1er novembre 2025 au 31 octobre 2026. Cette stagnation représente une évolution nulle par rapport à la période précédente. Je note qu’entre novembre 2023 et octobre 2024, cette même valeur avait progressé de 1,6%.

Parallèlement, la valeur d’achat du point reste établie à 20,1877 euros pour 2025 et 2026. Cette stabilité sur deux années consécutives contraste fortement avec les pratiques antérieures du régime, qui procédait habituellement à des ajustements annuels en fonction de l’inflation.

Période Valeur du point (€) Évolution
Nov. 2023 – Oct. 2024 1,4386 +1,6%
Nov. 2024 – Oct. 2025 1,4386 +1,6%
Nov. 2025 – Oct. 2026 1,4386 0%

Les règles de revalorisation et les marges de manœuvre

Le cadre fixé par l’accord de 2023

L’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 établit les règles de pilotage pour la période 2024-2026. Je constate que ce texte définit un mécanisme précis : l’évolution des pensions suit les prix à la consommation hors tabac estimés par l’Insee pour l’année en cours, diminuée de 0,4 point.

Le conseil d’administration dispose d’une marge de manœuvre lui permettant d’ajuster cette évolution. Cette flexibilité autorise une hausse ou une baisse maximale de 0,4 point. Ce dispositif offre théoriquement une capacité d’adaptation aux circonstances économiques et sociales.

Les calculs pour 2025

L’Insee anticipait une augmentation des prix hors tabac de 1% pour l’année 2025. En appliquant la formule conventionnelle, le niveau de hausse de référence s’établissait à 0,6%. Cette base servait de point de départ aux négociations entre les membres du conseil d’administration.

Compte tenu de la marge de manœuvre disponible, la fourchette de revalorisation possible s’étendait de 0,2% à 1%. Avant le gel, plusieurs analystes prévoyaient une augmentation comprise entre 0,8% et 1,2%. Certains experts envisageaient même une amplitude plus large, allant de 0,5% à 1,3% selon les méthodes de calcul retenues.

  • Taux d’inflation prévu par l’Insee : 1% hors tabac
  • Taux de base calculé : 0,6% (après déduction de 0,4 point)
  • Fourchette autorisée : 0,2% à 1%
  • Anticipations des experts : 0,5% à 1,3%

Un blocage entre patronat et syndicats sur fond de solidité financière

Les positions syndicales

Les organisations syndicales ont défendu des propositions variées mais toujours supérieures à celle du patronat. La CFTC s’est prononcée pour une revalorisation maximale de 1%, utilisant pleinement la marge de manœuvre disponible. Force Ouvrière a privilégié un taux de 0,8%, justifiant ce choix par la nécessité de compenser le gel des pensions de base dans le projet de loi de financement pour 2026.

La CFDT a fermement rejeté toute revalorisation inférieure à 0,6%. Je note que cette organisation qualifiait la proposition patronale de 0,2% d’injustifiable. Les syndicats s’appuyaient sur la solidité financière exceptionnelle du régime pour légitimer leurs demandes. Ils soulignaient que les finances permettaient largement une hausse substantielle sans compromettre l’équilibre budgétaire.

L’inflexibilité patronale

Dès l’ouverture des discussions, le patronat a proposé une revalorisation de 0,2% et n’a jamais modifié sa position. Cette inflexibilité reposait sur un argument principal : la suspension de la réforme des retraites de 2023 décidée par le Premier ministre.

Les organisations patronales anticipaient que cette suspension entraînerait des dépenses supplémentaires pour le régime. Selon leur raisonnement, certains travailleurs pourraient partir à la retraite plus tôt que prévu, augmentant ainsi la charge financière. Cette obstination a provoqué le blocage définitif, les syndicats dénonçant une attitude incompréhensible face à la situation des retraités.

Une situation financière excédentaire

Les chiffres montrent la santé financière remarquable de l’Agirc-Arrco. En 2024, le régime a généré 1,6 milliards d’euros d’excédents. Le résultat positif atteint 4,6 milliards d’euros. Les réserves s’élèvent entre 85,4 et 86,5 milliards d’euros, représentant 10 mois et demi de prestations.

Ces réserves dépassent largement le seuil de sécurité fixé par la règle d’or, qui impose de disposer à horizon de 15 ans de réserves équivalant à 6 mois de prestation. Les projections financières établissaient qu’une revalorisation à 0,6% restait parfaitement soutenable. Avec ce taux, l’Agirc-Arrco conservait son équilibre budgétaire sur 15 ans, les réserves continuant même à croître.

Indicateur financier Montant
Excédents 2024 1,6 milliards €
Résultat positif 4,6 milliards €
Réserves totales 85,4 à 86,5 milliards €
Équivalent en prestations 10,5 mois

Les conséquences pour les retraités et les perspectives futures

Impact sur le pouvoir d’achat

Ce gel pénalise directement le pouvoir d’achat de millions de bénéficiaires. J’ai calculé ce que représenterait une revalorisation de 0,6% selon différents profils. Pour une pension totale de 1 400 euros dont 420 euros de complémentaire, l’augmentation mensuelle aurait été de 4,2 euros.

Un retraité percevant 2 300 euros dont 1 150 euros de complémentaire aurait bénéficié de 6,9 euros supplémentaires par mois. Pour une pension globale de 4 000 euros incluant 2 560 euros de complémentaire, la hausse aurait atteint 15,36 euros mensuels. Ces montants, bien que modestes, auraient contribué à maintenir la qualité de vie face à l’inflation.

  1. Pension 1 400 € (dont 420 € complémentaire) : +4,2 €/mois non perçus
  2. Pension 2 300 € (dont 1 150 € complémentaire) : +6,9 €/mois non perçus
  3. Pension 4 000 € (dont 2 560 € complémentaire) : +15,36 €/mois non perçus

Questionnements juridiques et recours

Plusieurs organisations interrogent la validité juridique de ce gel. Certaines ont annoncé mobiliser tous les moyens disponibles pour obtenir une revalorisation plus équitable. Cette détermination pourrait se traduire par des recours contentieux ou des négociations renouvelées.

Une préoccupation émerge : le refus de revaloriser pourrait fragiliser paradoxalement les ressources du régime. Des gouvernements précédents avaient évoqué la possibilité de puiser dans les excédents pour financer d’autres lignes budgétaires de la Sécurité sociale. Les surplus budgétaires proviennent des cotisations des salariés du privé et ne constituent pas une réserve pour les régimes de base.

Rappel du contexte historique

Les pensions Agirc-Arrco avaient connu une hausse de 1,6% au 1er novembre 2024 et de 4,9% au 1er novembre 2023. Habituellement, les retraites complémentaires font l’objet d’une revalorisation annuelle automatique, sans démarche nécessaire de la part des bénéficiaires.

Les valeurs resteront gelées jusqu’à fin octobre 2026. Cette période constituera un test décisif pour l’avenir du régime et les relations entre partenaires sociaux. Le versement revalorisé devait initialement être effectif à partir du 3 novembre 2025, le premier novembre tombant un week-end. L’Agirc-Arrco fonctionne selon un système par points où les cotisations sont converties en droits, puis en pension au départ en retraite, venant compléter la retraite de base plafonnée à 50% des 25 meilleures années.

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