Les statistiques du Ministère de l’Agriculture sont formelles : en 2008, la superficie de la forêt française a diminué de 28 000 ha. C’est un tournant historique après une période continue d’accroissement de la superficie forestière nationale de plus d’un siècle et demi. L’enquête annuelle Teruti (utlisation du territoire) menée depuis 1960 sur plus de 300 000 points du territoire a mis en évidence cette diminution. Les trois causes de ce recul sont l’extension du bâti et des infrastructures, dans une moindre mesure la reconquête par l’agriculture de certaines surfaces boisées, et enfin l’absence de régénération d’une partie des bois exploités.
Jusqu’à aujourd’hui, les forestiers français ont toujours fièrement exhibé le bon bilan chiffré de leurs prédécesseurs qui ont fait passer de 8 à 15 millions d’hectares la superficie forestière du pays entre le début du 19ème siècle et la fin du 20ème siècle. L’instauration du code forestier en 1827, la politique forestière volontariste sous le second Empire, la mise en place des financements du Fonds Forestier National en 1947, maintenant disparu, sont autant d’outils qui ont permis de hisser notre pays dans le peloton de tête des pays forestiers européens.
Mais un voyant rouge vient de s’allumer, qui confirme ce que de nombreux forestiers de terrain constatent au quotidien : l’investissement forestier est en chute libre depuis une bonne dizaine d’années. Les grandes tempêtes, la chute ou la stagnation des prix des bois depuis trente ans, le manque de financements pour aider les investissements, le coût de plus en plus prohibitif des protections des jeunes boisements contre les cervidés en surnombre, sont autant de raisons qui ont progressivement démotivé les volontés d’investir en forêt. Le Syndicat National des Pépiniéristes Forestiers vient également de tirer la sonnette d’alarme : hors pin maritime, la vente de plants forestiers en France a plongé en quinze ans de 110 millions de plants par an à moins de 25 millions.
Ces chiffres traduisent non seulement la forte diminution des boisements de terres agricoles, mais également le faible renouvellement des peuplements après coupe. La situation n’est pas encore dramatique, car si les surfaces forestières diminuent, le prélèvement dans les forêts existantes est inférieur à leur accroissement biologique. Cependant, il ne faut pas oublier que ce capital provient en grande partie des investissements réalisés depuis plus d’un demi-siècle. L’avenir de la filière bois, qui représente près de 500 000 emplois en France, dépendra de ce que nous investissons dans nos forêts aujourd’hui.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 4ème trimestre 2010 | 72 | Economique |