Les scieries mobiles peuvent être un recours pour un propriétaire forestier sinistré qui ne trouve pas d’acheteur pour ses bois, ou d’offre intéressante. Elles n’apporteront pas une réponse globale aux problèmes de débouchés de tous les bois abattus par la tempête. Elles peuvent cependant se révéler très adaptées au cas de petits lots et pour les propriétaires qui disposent d’un minimum de moyens logistiques. Cette solution permet de valoriser les bois en attendant l’assainissement d’un marché actuellement engorgé par une offre pléthorique. Ces scies existent depuis longtemps. Elles fonctionnent aujourd’hui sous une forme moderne, tractées par des véhicules tout terrain pour se rendre chez des clients qui se sont multipliés comme des champignons depuis l’ouragan.
Investir 400 F hors taxe par mètre cube pour faire scier ses grumes par ces petites entreprises itinérantes peut être un placement fort judicieux à moyen terme.
En effet, après séchage un mètre cube de plot de chêne de qualité ébénisterie peut se négocier autour de 5 000 F, plus si c’est du merisier. Mais cette plus-value ne s’obtiendra pas sans effort. Les bois à scier, d’un diamètre maximum de 90 cm, devront d’abord être exploités en grumes, puis débardés pour être rassemblés sur une aire de travail. Celle-ci doit être plane, stabilisée et facilement accessible au véhicule tractant la scie. Une ou deux personnes devront être présentes sur le chantier pour aider le conducteur de la scie à approcher les grumes et manier les débits obtenus. Pour estimer le temps de travail, on peut se baser sur des rendements variant entre 6 et 12 m3/grume par jour selon le volume des billes et les produits réalisés. Le rendement moyen du sciage étant de 50 %, on obtient quotidiennement 3 à 6 m3 de sciage commercialisable. Un tracteur équipé d’une remorque et d’une fourche est également utile pour emporter les débits sur le lieu de stockage, souvent distant de l’aire de sciage.
Une attention particulière sera portée au stockage, qui durera 3-4 ans minimum pour un séchage suffisant. L’endroit doit être aéré et abrité de la pluie. Un hangar ouvert est idéal ou à défaut de simples tôles peuvent être utilisées pour couvrir le bois. On n’oubliera pas de séparer les débits par des tasseaux de 20 mm de section tous les 50 cm pour une aération optimale. Un cerclage des plots à leur extrémité limitera les déformations au séchage.
Les sciages qui ne sont pas destinés à l’autoconsommation, mais à la revente doivent avoir des dimensions standard pour faciliter leur commercialisation. Le plot et la charpente sont les deux catégories de produits obtenus.
Le plot (menuiserie – ébénisterie) est à réserver aux billes de qualité, c’est-à-dire comportant peu de défauts et de nœuds. Chêne, Merisier, Châtaignier et Noyer sont les essences les plus utilisées. Les longueurs sont de 2,20 m au minimum et les épaisseurs les plus prisées par les ébénistes sont 55 et 34 mm, mais 18, 27 et 45 mm sont aussi des dimensions courantes.
La charpente est débitée dans les billes de résineux et de feuillus (chêne – châtaignier) pouvant comporter plus de défauts. Les longueurs doivent être des multiples de 50 cm, comprises entre 3 et 6 mètres, limite acceptable pour les scies mobiles. Les sections standard sont très nombreuses. Pour les constructions neuves, les poutres 8 x 23 cm et les chevrons 6 x 8 cm sont très demandés. Les poteaux carrés de chêne 15 x 15 cm ou 20 x 20 cm sont également recherchés. Pour les lots d’un volume inférieur à 5 m3, il est souhaitable de se regrouper avec des voisins pour atteindre un volume attractif pour l’entreprise de sciage.
Du point de vue fiscal, cette opération, considérée comme un prolongement normal de la sylviculture n’est pas de nature à remettre en cause le principe de l’imposition forfaitaire sur le revenu forestier. Par contre, la vente de ces sciages obtenus est soumise à une TVA de 19,60 %, au lieu des 5,5 % applicables aux bois abattus.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 2ème trimestre 2000 | 30 | Technique |