La demande en bois d’œuvre de robinier se fait de plus en plus pressante de la part d’industriels réalisant des meubles de jardin, des revêtements de terrasses et d’une façon générale tous les produits nécessitant un bois résistant sans traitement aux aléas climatiques. L’engouement du public pour un bois non traité, produit localement et pouvant se substituer au plastique ou au teck d’importation tend à valoriser cette essence. Elle est aujourd’hui en Europe la plus résistante aux insectes et champignons pour ce type d’utilisation.
Mais le problème de taille auquel sont confrontés ces transformateurs est la faible importance de la ressource en France, ainsi que sa répartition très éclatée sur le territoire. En effet, avec un peu plus de 100 000 ha, le robinier représente moins de 1 % des forêts françaises. En outre, la demande traditionnelle en piquets de vigne ou de clôture, rémunératrice pour le sylviculteur, absorbe presque toute la production nationale. Les prix proposés en sciage pour trier sur coupe les billes de plus de 20 cm de diamètre fin bout ne sont pas toujours très motivants pour l’exploitant. De plus, la taille généralement réduite des coupes ne permet souvent pas de trier des lots de bois d’œuvre suffisamment importants pour intéresser des acheteurs. Il est donc aujourd’hui difficile pour un industriel de lancer une production soutenue en robinier avec toutes ces incertitudes sur son approvisionnement. La diminution des volumes de sciage importés de Hongrie accentue encore cette pénurie.
Une augmentation de la ressource nationale est donc à moyen terme l’étape nécessaire au fonctionnement de la filière bois d’œuvre. Pour y arriver, deux voies sont à suivre : améliorer la sylviculture des boisements existants pour augmenter la proportion de bois d’œuvre à la coupe et accroître la surface occupée par l’essence en créant de nouveaux boisements.
Le robinier dispose de nombreux arguments pour entraîner le sylviculteur à travailler dans ces deux directions. C’est une essence à croissance rapide qui peut fournir à chaque génération humaine un revenu ; ce n’est pas le cas des autres essences forestières hormis le peuplier. Après la coupe, les très nombreux rejets et drageons assurent la pérennité de la forêt et économisent les frais de reboisement indispensables pour de nombreuses autres essences. Ses épines agressives limitent les attaques de cerfs et chevreuils et donc les frais de protection des plantations. C’est aussi un excellent bois de chauffage, il n’y a donc pas d’incertitude sur le débouché futur du bois : entre l’énergie, le piquet ou le sciage, le propriétaire trouvera nécessairement un client.
Au niveau environnemental, le robinier présente des intérêts qui doivent être soulignés. C’est en même temps un bois lourd et à croissance rapide, c’est-à-dire un fixateur de carbone atmosphérique très efficace. Ainsi, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, il peut avoir un rôle à jouer. Cette essence produite localement peut avantageusement remplacer à moindre coût le teck pour les usages extérieurs. Utiliser du robinier contribue ainsi à la préservation de certaines essences tropicales exploitées souvent de façon non durable comme dans les forêts primaires de Birmanie.
Malgré tous ses atouts, le robinier a un certain nombre d’adversaires, même parmi les forestiers. Le principal reproche qui lui est fait est son caractère « invasif », certains le traitant même de « peste végétale ». Sa tendance à envahir et à occuper la totalité d’une parcelle par ses rejets et drageons après une coupe est une réalité constatée par les gestionnaires. Ceci peut poser des problèmes de biodiversité et de maintien des peuplements de chêne de haute valeur en particulier dans l’Est de la France. Dans notre région, le robinier progresse naturellement, même sans l’aide du forestier, en profitant de deux phénomènes : le dépérissement du chêne pédonculé et la pression plus importante des cervidés sur la régénération des autres essences. Dans ce cas, il est illusoire de vouloir lutter à coût raisonnable contre sa progression. Il est préférable d’opter pour une gestion du robinier, même si sa sylviculture reste encore pleine d’incertitudes.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 4ème trimestre 2008 | 64 | Essences |